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  « Littérature de jeunesse et engagement(s) »

Colloque - appel à communications

Colloque international à l’Université de Strasbourg (France)
IUFM d’Alsace
12-13 et 14 Novembre 2009

« Littérature de jeunesse et engagement(s) »

Selon Isabelle Nières-Chevrel, la transmission des valeurs constitue « une des frontières les plus communément admises entre la littérature destinée aux enfants et la littérature destinée aux adultes » . En un sens cela s’apparente à la perception des écrivains pour la jeunesse toujours « suspectés ne pas écrire mais d’écrire pour – écrire pour instruire, pour moraliser… », et cela reviendrait à considérer cette littérature comme « disqualifiée avant tout examen parce qu’elle ne serait pas sa propre fin » . Pour autant il y a lieu de rappeler – toujours avec Isabelle Nières-Chevrel - que la littérature pour la jeunesse est bien née dans une tradition d’enseignement et qu’une partie de la production contemporaine s’inscrit dans cette intention. Mais ce caractère éducatif va au-delà de montrer et viser simplement des modèles vertueux, cela dès les débuts de la littérature pour la jeunesse, et il s’étend également à la transmission de savoirs au sens large, parfois il manifeste l’engagement d’auteurs ou d’éditeurs. Par ailleurs, avec d’autres, il faut rappeler que tout texte littéraire est porteur de valeurs, que celles-ci soient assumées ou non par l’auteur, perçues ou non par le lecteur. En effet, la fiction littéraire met en scène un univers de fiction qui est rarement sans rapport avec celui du réel du lecteur (T. Pavel). Autrement dit, il y a là une façon de souligner que la littérature dit des choses du monde réel, que le lecteur y trouve ce que recherche aussi Tzvetan Todorov :

Si je me demande aujourd’hui pourquoi j’aime la littérature, la réponse qui me vient spontanément à l’esprit est : parce qu’elle m’aide à vivre […]. Loin d’être un simple agrément, une distraction réservée aux personnes éduquées, elle permet à chacun de mieux répondre à sa vocation d’être humain .

Cela renvoie à une conception fonctionnaliste de la fiction mise en avant par T. Pavel, pour qui « les œuvres littéraires ne sont pas mises à distance simplement pour le bénéfice de la contemplation, mais afin qu’elles agissent avec force sur le monde du spectateur » . Cette attente du lecteur, illustrée par Todorov, et cette orientation du texte littéraire, soulignée par Pavel, conduisent ainsi – d’un point de vue théorique et critique – à se préoccuper de la question de l’engagement, en tant qu’expression forte de valeurs et d’intentions, dont le discours littéraire est le vecteur, mais dont il peut être aussi parfois le sujet.

Et, si l’on suit J.- P. Sartre, la fonction de l’écrivain est de faire en sorte que nul ne puisse ignorer le monde et que nul ne puisse s’en dire innocent. Et comme il s’est une fois engagé dans l’univers du langage, il ne peut jamais feindre qu’il ne sache pas parler [...]. Tout cela n’empêche point qu’il y ait la manière d’écrire. On n’est pas écrivain pour avoir choisi de dire certaines choses mais pour avoir choisi de les dire d’une certaine façon .

Le colloque veut dès lors envisager dans quelle mesure il est possible à la littérature de jeunesse de manifester à la fois un engagement de nature idéologique, politique et esthétique ; d’approcher les « façons » par lesquelles les écrivains visent à réduire l’éventuelle innocence au monde des jeunes lecteurs.

La question de l’engagement et des valeurs sera donc l’une des approches fédératrices des interventions, au sens de ce qui vaut littérature de jeunesse (en termes de caractérisation poétique et esthétique) et des valeurs portées par le texte (au sens de valeurs culturelles et de société, où la dimension du rapport à l’autre peut être centrale, par exemple), tout aussi bien que des visées explicites d’un auteur, d’un éditeur. L’autre approche retenue sera de considérer la littérature de jeunesse comme une expression artistique de sensibilité contemporaine, en termes d’écriture et de rapports entre le texte et l’image. Les démarches comparatistes seront privilégiées, notamment pour celles qui engagent les questions de réception (y compris la traduction) et celle du sujet lecteur.

Ce colloque est international et vise également la confrontation de diverses approches critiques ou théoriques. Les langues de travail en sont le français et l’anglais.

Les communications s’inscriront dans un (au moins) des axes suivants, dont le questionnement entend simplement susciter la réflexion :

1° Engagements des textes ou du sujet lecteur
−La littérature de jeunesse au croisement d’autres littératures « mineures » ou minorées : littérature populaire, littérature de genres, littératures « genrées » (approchées par les gender studies) : quels textes « engagés » en termes esthétiques pour quelles valeurs ?
− L’engagement du lecteur dans le texte : comment le sujet lecteur s’engage-t-il dans la lecture littéraire, au sens où il fabrique de l’interprétation, où il comprend les visées du texte ? Quels « effets » du texte engagé sur le lecteur ?
− ...

2° Engagements d’auteurs
− Des écrivains contemporains français « pour les grands » se donnent une nouvelle jeunesse en écrivant pour les petits (Ph. Claudel, A. Gavalda, A. Catherine, etc.) : faut-il parler d’engagement particulier et dans quel sens ?
− Des écrivains s’engagent par l’écriture à donner une vision humaniste, complexe de l’enfant lecteur, se refusant ainsi à le considérer de façon simpliste : ce choix littéraire est-il aussi idéologique ? Et inversement, des options idéologiques d’écrivains se manifestent-elles dans des solutions esthétiques particulières ?
− ...

3° Engagements des institutions : éditeurs, revues, École (primaire et secondaire, enseignants, programmes officiels, ...), mouvements pédagogiques
− Des éditeurs accompagnent certaines fictions de « cahier citoyen » comme prolongement réflexif à la lecture (Syros), d’autres lancent une collection de textes et de témoignages engagés (« Ceux qui ont dit non », Actes Sud Junior), d’autres encore peuvent se réclamer de valeurs dans leur ligne éditoriale (Milan, etc.) : qu’en est-il et dans quel rapport au littéraire ?
− Les politiques de traduction : quelles options (idéologiques, esthétiques, ...) président aux traductions, aux choix des textes à traduire ? Quelles images de l’Europe et du monde sont ainsi véhiculées ?
− Comment l’institution scolaire s’empare d’une littérature pour la jeunesse engagée, ou lue comme telle ? Peut-on parler de didactique du texte engagé ?
− ...

Les propositions de communication seront envoyées par courriel au plus tard le 15 janvier 2009 aux deux responsables du colloque Elles devront comporter :
− Le texte du projet de communication d’une trentaine de lignes, avec précision du corpus ;
− Quelques éléments de biobibliographie en vue de la publication. Le comité scientifique diffusera le pré-programme des communications retenues début mars 2009.

Britta Benert, britta.benert@alsace.iufm.fr
Philippe Clermont, philippe.clermont@alsace.iufm.fr

Comité scientifique :
Christine Hélot, Université de Strasbourg
Francis Marcoin, Université d’Artois
Jean Perrot, professeur honoraire à l’université de Paris 13
Britta Bénert, Université de Strasbourg
Philippe Clermont, Université de Strasbourg
Jean-Michel Pottier, Université de Reims
Anne Schneider, Université de Strasbourg